Taedium Vitae (Fines Lames mars 2003)


Partager

Depuis cet entretien, le groupe s’est séparé, l’album initialement prévu (déjà enregistré) ne verra sans doute pas le jour. Actuellement Jérôme G. réenregistre les voix pour sortir "L’AMOUR EST ETERNEL" sous le nom de THE GHOST ORCHESTRA, son projet solo. On espère que ce nouvel atermoiement dans la carrière de TAEDIUM VITAE n’est que passager, le résultat n’étant qu’un parasitage inutile autour de l’essentiel : la musique du groupe.

 

Que s’est-il passé depuis la parution de "FLEISCH UND BLUT" ? Il a été question de divers projets (DAS HEILMITTEL, SIR FORLORN…), pouvez-vous nous éclairez ?

Ashkan : En fait, suite à la dissolution de la première formation TAEDIUM VITAE, Jérôme s’est concentré sur une musique différente, typée darkwave allemande. Ce projet s’appelait DAS HEILMITTEL… Puis, au fur et a mesure, il a repris le nom de TAEDIUM VITAE, ce qui eut pour résultat l’album "FLEISCH UND BLUT". Le projet SIR FORLORN est de nature similaire. Beaucoup de morceaux qu’on retrouve sur la démo du projet ont été adaptés dans le cadre de TAEDIUM VITAE pour l’album "L'AMOUR EST ETERNEL"… Il est difficile de dissocier les projets de Jérôme et TAEDIUM VITAE. Bien que son side-project actuel THE GHOST ORCHESTRA reprend le même type d’ambiances développées dans "FLEISCH UND BLUT", je peux assurer que TAEDIUM VITAE évitera l’écueil de tout mélanger à nouveau. Nous nous construisons une identité propre désormais.

Quelles sont les réactions en France et à l’étranger par rapport à votre travail ?

Ashkan : En général plutôt bonne, puisque c’est d’ailleurs dans le reste l’Europe que TAEDIUM VITAE marche le mieux… Nous sommes très impatients de venir jouer dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie et de retourner en Belgique…

Jérôme G. : En France, je pense que le public ne nous a pas oubliés. Nous aurons l’occasion de le savoir puisque l’on commence notre tournée en France. Lorsqu’on passe trois ans à écrire et à enregistrer un album, cela fait beaucoup de bien de se retrouver sur scène devant un public et ce, qu’il bouge ou pas, qu’il y ait 10 ou 700 personnes… Bref nous sommes le plus heureux des groupes tristes…

La première incarnation de TAEDIUM VITAE privilégiait une cold-wave, parfois post punk dynamique et entêtante, depuis vous avez orienté le groupe vers des terres plus synthétiques, riveraines de la darkwave allemande : cette évolution est-elle irrémédiable ou reviendrez-vous vers une musique plus organique ou "rock" avec basse et guitare ?

(ndlr : le nouvel album devrait rassurer les amateurs, le retour de guitares cold-goth et la richesse des arrangements pallie au glacis froids des synthétiseurs qui ensommeillaient certains sur "FLEISCH UND BLUT")

Ashkan : Il est clair qu’il existe un décalage évident entre "THE GARDEN OF STONES" et "FLEISCH UND BLUT". Nous cherchons avec cet album a fournir une suite logique aux deux premiers… Les pièces musicales sont moins longues, les voix plus mélodiques et plus présentes, les guitares offrent une richesse supplémentaire à l’ensemble… en fait nous prenons un nouveau départ. Et il est clair que nous allons très vite retourner vers des influences plus gothic rock tout en conservant notre coté darkwave… C’est une question d’évolution musicale.

Qui sont les nouveaux membres de TAEDIUM VITAE ? Que sont devenus les anciens ?

Ashkan : J’ai rejoint le groupe en novembre 2000. Au départ je souhaitais simplement faire la pochette de la démo de SIR FORLORN et puis de fil en aiguille nous avons réfléchi à l’éventualité de coller mon chant sur les musiques de Jérôme. TAEDIUM VITAE était de retour. J’ai fait partie de petites formations sur des temps très courts sans jamais trouver réellement ma place. Je dois avouer qu’aujourd’hui, je me sens comme partie intégrante de TAEDIUM VITAE. Quant à Angélique, elle nous a rejoint l’été dernier pour faire des essais… Et elle est restée car nous adorons sa façon de chanter. Son style est très personnel et elle apporte un réel plus au groupe. La preuve c’est que sans elle je suis perdu sur beaucoup de morceaux. La formation actuelle a un caractère très fusionnel.

Jérôme G. : Il est vrai que TAEDIUM VITAE a pris un nouveau souffle avec Ashkan et Angélique. Ils ont une vision moins professionnelle parce qu’ils n’ont pas l’habitude, mais cela me force à être comme eux pour les pousser à devenir comme moi. En fait, on s’adapte et l’équilibre est toujours parfait. Imaginez un triangle à deux cotés, ce serait une catastrophe… en tout cas ce ne serait plus un triangle.

On retrouve sur le nouvel album "L’AMOUR EST ETERNEL" des mélodies cousines de THE CURE (Obscurité), des complaintes dépressive à la SOL INVICTUS première periode (Scared By Love), une palette riche qui fait à la fois écho à "THE GARDEN OF STONES" et à un univers totalement singulier ; quelles sont les musiques qui ont baignés vos sens ces dernières années ?

Ashkan : Principalement DEINE LAKAIEN, TIAMAT, AND ONE, DAS ICH, WOLFSHEIM et toujours DEPECHE MODE…
Jérôme G. : Comme toujours, j’écoute de tout Ces derniers temps j’ai revu des vidéos que je n’avais pas vues depuis longtemps comme AND ALSO THE TREES, CORPUS DELICTI, CHRISTIAN DEATH, BAUHAUS mais ce que j’écoute le plus, ce sont des musiques de films car c’est de là que vient mon inspiration, surtout les arrangements d’orchestration classique.

Le chant d’Ashkan froid, distant et inquiet apporte une noirceur concrète à TAEDIUM VITAE contrebalancé par les incursions lumineuses de la voix féminine, quelles sont vos influences vocales, l’univers littéraire qui l’inspire ?

Ashkan : Vocalement, je dois avouer que suis très influencé par Alexander Veljanov , Peter Heppner , Dave Gahan voire Peter Murphy ou Gavin Friday. J’écoute beaucoup de musiques différentes et j’espère avoir une certaine personnalité vocale. Si ce n’est pas le cas, cela viendra avec le travail… Quant à l’écriture des textes, elle n’est nullement influencée par quelques auteurs que ce soit. Mes paroles viennent de moi, de mes sentiments les plus profonds comme pour celles de Jérôme. La littérature que je lis n’est pas forcément gothique d’inspiration puisque je suis plutôt un accro de science fiction et de comics.

Quels sont les projets de TAEDIUM VITAE ? Votre Label ARATARE ?

Ashkan : Nous espérons sortir un second single extrait de notre dernier album et compléter notre tournée cet automne. Pour l’année prochaine, nous réfléchissons à une compilation récapitulative des classiques du groupe ré-interprétés par la formation actuelle. Ce projet nous tient a cœur car les anciens morceaux comme Sexy Death ou The Garden Of Stones ont subis des liftings plus qu’intéressant. Ceci nous permettra de souffler un peu a attendant de livrer un nouvel album fin 2003-début 2004. Et je peux vous assurer que les nouveaux morceaux auront une sacré pèche.

Jérôme G. : L’avenir de TAEDIUM VITAE est tout tracé puisque beaucoup de choses sont déjà prévues. Ceci dit en octobre 2003, je vais avoir 30 ans et le désir de fonder une famille est de plus en plus présent dans mon esprit. Sortir une compilation avec des inédits nous permettra de souffler un peu. Ashkan et Angélique sont juste arrivé dans le groupe mais moi ça fait déjà 10 ans que je n’ai pas prit de vraies vacances et plus je vieillis (rires) plus je suis exigeant sur la qualité de mon travail en tant que producteur mais aussi en tant que compositeur. D’ailleurs lorsqu’on écoute "L’AMOUR EST ETERNEL", on peut s’en rendre compte. Pour faire un bon disque il faut prendre son temps c’est ça le secret.

Il a été question d’une réédition des enregistrements de DIES IRAE, l’un des espoirs de la scène goth-rock française du début des années 90, qu’en est-il ? Si ce projet voit le jour y-aura-t-il des titres inédits, lives… (des extraits de FACTORY PRESS) ?

Jérôme G. : Oui c’est vrai. C’est incroyable mais le nombre de personne qui me demandent de ressortir les démos de DIES IRAE est traumatisant. J’ai fini par craquer et cela devrait sortir cette année sous le nom "IN MEMORY OF DIES IRAE (1992/1995)". Ce cd comportera 9 titres live (dont 5 inédits) extraits de 2 concerts (1 à Nantes et 1 à La Rochelle lors de la première partie de DAS ICH) et 4 titres de la démo "SANCTIMONIOUS". D’autres titres apparaîtront sur une vidéo des débuts de DIES IRAE en 1992 avec, donc, plusieurs titres inédits, qui sortira en juin.

Ne craignez vous pas que le titre du nouvel album "L’AMOUR EST ETERNEL" ne soit pris avec ironie ? Sans vouloir enfoncer le clou, vous offrez le flanc à des critiques…

Ashkan : Il est clair que le titre de l’album va être livré à de multiples interprétations. Mais cela nous importe peu car je reste persuadé que l’album et son concept général, les relations humaines dans leurs aspects négatifs, ont plus de valeur qu’un simple titre. Un critique qui se braque sur un simple titre d’album devrait réfléchir, je pense, à une nouvelle orientation professionnelle très vite…

Jérôme G. : L’idée de "L’AMOUR EST ETERNEL" m’est venue après avoir vu le film "On Peut Toujours Vivre Dans L’Espérance". Ce film était très triste et je me suis mis à pleurer tellement il y avait de la méchanceté.
Comme je l’avais enregistré, je me le suis passé deux fois de suite dans la même nuit. (rires)

Stanislas

(Trinity n°8/9)