Hide and Seek (mars 2004)


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Après des débuts enchanteurs sous la lumière tamisée d'une coldwave sentimentale, HIDE AND SEEK s'est orienté vers des terres plus bucoliques, à travers un “European lanscapes” paré de subtiles colorations folk.

 

(ndlr: l'entretien a été réalisé avant la parution des deux collaborations A SPARROW-GRASS HUNT avec Julien Ash de N.L.C. et THY VIOLENT VANITIES avec des membres de O QUAM TRISTIS).

 

Pouvez-vous nous raconter les débuts du groupe et/ou de vos autres premières expériences musicales?

Pierre-Yves: HIDE&SEEK est plus un duo qu’un groupe. Liesbeth et moi-même faisons de la musique ensemble depuis 1993. Avant cela, mes activités musicales n’étaient pas très structurées: je composais des chansons dans mon coin et collaborais ponctuellement avec d’autres musiciens. Fonctionner en duo me convient parfaitement. D’une part, c’est mieux que d’être seul: seul on peut vite tourner en rond et perdre toute capacité critique. D’autre part, cela évite les concessions et les contraintes de la composition de groupe. Mais sur scène, où l’approche de la musique est très différente, des musiciens nous rejoignent. Actuellement, il s’agit d’un percussionniste, Olivier Vitry, et d’un multi instrumentiste, François Marnier. Nous nous préparons en outre à jouer avec un bassiste et flûtiste de talent : Eric Lenotz, de O QUAM TRISTIS et THY VIOLENT VANITIES.

Liesbeth: Il faut quand même que je précise que Pierre-Yves prend toute la composition des chansons pour son compte ainsi que l’interprétation des instruments sur les enregistrements. Mon rôle est de chanter (soit des chœurs soit le chant principal) et d’écrire quelques textes et
mélodies de chant.


Vos influences musicales et artistiques ont-elles évolué depuis le premier album, et cela a-t-il influé sur votre façon de composer et de concevoir la musique?

Pierre-Yves: Certainement. Je ne sais pas jusqu’à quel album tu remontes, mais quoi qu’il en soit mes influences que je qualifierais d’ancestrales - de DEPECHE MODE à CURE en passant par DEAD CAN DANCE - s’enrichissent maintenant par l’écoute de styles plus variés. Je ne renie pas ces influences premières, au contraire, mais maintenant j’écoute plus de pop et de down tempo que de cold. Pour la scène, l’influence des NITS - mes chouchous néerlandais! - est certainement perceptible. Alors pour répondre à ta question, je pense que oui: tout cela n’a pas manqué d’influer sur ma façon de composer. Je suis de plus en plus exigeant avec moi-même, plus pointilleux, voire pointilliste. Mais ma façon de concevoir la musique, émotionnelle et intuitive, n’a guère changé. L’émotion doit primer sur la réflexion, que ce soit dans le choix des arrangements, des styles ou des textes. Rien n’est calculé. Seulement maintenant, tout est plus posé, travaillé, affiné.


Entre la coldwave princière de Your world, On the balcony et Le chercheur d'arbres et le nouvel album il semble y avoir eu une révolution sonore. La musique semble plus acoustique, plus fouillée et orchestrée que par le passé, peut-être au détriment de l'immédiateté ensorcelante des titres sus-cités. Doit-on entendre cette évolution comme définitive, Hide & Seek ouvrant de nouvelles perspectives, libéré des stigmates de l'adolescence du groupe?

Pierre-Yves: Il n’y aura jamais d’évolution définitive pour HIDE&SEEK. Je n’aurai de cesse de remettre en cause ce que nous faisons, de ne rien considérer comme acquis ou parfait. Je ne considère pas que le passé soit moins bon que le présent, ni que le présent soit meilleur que le passé. Mais il y a une évolution c’est certain, cela rejoint ma réponse à ta question précédente. Je vois ce que tu veux dire en parlant de l’immédiateté des titres de «Luxembourg». Les chansons étaient écrites plus vite alors forcément, elles étaient plus spontanées, je comprends que cela ait son charme et c’est d’ailleurs ce qui me plaît quand je les réécoute! Je me dis: «ouah, y'avait de bonnes idées là!» Même si elles comportaient des erreurs de jeunesse. En même temps que je m’efforce d’affiner mes compositions, je veille à garder au mieux cette spontanéité. C’est déjà dans l’équipement utilisé qu’il ne faut pas tuer la spontanéité: l’informatique musicale doit être au service de l’écriture, sans constituer un obstacle par sa complexité. Je suis en train de refaire mon studio pour que le processus créatif reste le plus simple possible. Je travaille également à créer un son plus homogène pour HIDE&SEEK. C’était quelque chose qui me gênait un peu avant «European Landscapes»: ça partait un peu dans tous les sens au niveau des instruments et des effets ! Sur le dernier album, le son est déjà très cohérent dans sa globalité. Pour l’avenir, je vais poursuivre dans cette recherche. J’ai un vieux synthé avec des sons bien bruts, j’aime bienle brancher sur des effets de guitare, il pourra contribuer à renforcer notre identité sonore. Je l’ai souvent utilisé sur des titres comme «Un Rêve» ou «Dryades». Mais je ne compte pas abandonner ma guitare acoustique, son son cristallin se marie tellement bien avec les synthés!


Liesbeth a récemment rejoint NLC pour collaborer vocalement sur quelques titres, y aura-t-il d'autres collaborations ou participations à des projets annexes? 

Pierre-Yves: Oui. Nous travaillons actuellement pour THY VIOLENT VANITIES, un side-project de OPERA MULTI STEEL. Nous y apportons des secondes voix, essentiellement celle de Liesbeth. Il s’agit de chansons pop à dominante acoustique, avec des touches de folk et de downtempo. Les textes sont de Sheakspeare, en vieil Anglais, cela a beaucoup de charme. Nous n’y sommes pour rien alors je peux le dire: les chansons sont excellentes! A côté de cela nous réalisons, conjointement avec Julien Ash, des NOUVELLES LECTURES COSMOPOLITES, un album commun. Cela s’intitulera «Le Journal du Dormeur» et nous avons baptisé notre trio A SPARROW-GRASS HUNT. Je ne sais pas encore si cela s’intitulera «NLC+HIDE&SEEK» ou si cela portera un nom distinct, mais l’album a un titre provisoire: «Le Journal du Dormeur». Le travail est bien avancé, mais il reste beaucoup à faire. C’est un projet passionnant car il m’oblige à revoir complètement ma manière de composer. Il y a de vraies chansons, mais l’approche est très expérimentale et la construction des morceaux est très libre. Nos styles pourtant éloignés se marient à merveille. Nous nous sommes découvert beaucoup de points communs. Ce sera un très bel album. Il comporte déjà des passages qui m’émeuvent beaucoup. En plus une violoniste de talent y a récemment apporté sa touche. J’espère que cela va vite aboutir, mais Julien vit à 900 km de nous (et réciproquement!) alors c’est pas toujours évident. Et comme il y a beaucoup de voix et d’instruments acoustiques, il est difficile de tout faire par correspondance. Normalement il verra le jour en 2004.

Liesbeth: Se sont en effet deux projets très différents de ce que l’on fait d’habitude notamment en ce qui concerne la façon de composer. La collaboration avec NLC, qui a commencé avec quelques chuchotements enregistrés par correspondance, a pris une toute nouvelle tournure. Les bases du travail sont très spontanées et demandent une capacité d’improvisation, ce qui n’est pas trop dans mes habitudes! Mais c’est justement ce qui est positif. Quant à THY VIOLENT VANITIES, il s’agit d’un disque avec des morceaux merveilleux comportant souvent déjà plusieurs – très belles - voix superposées. Il n’est pas toujours évident de trouver sa place sur des morceaux aussi bien finalisés.

Pierre-Yves: Et en plus des voix il y a des flûtes magiques!


Qu'écoutez-vous actuellement? Quelles sont les disques que vous jugez incontournables, épidermiques...?

Pierre-Yves: Depuis quelques mois je ne cesse d’écouter le «Hail to the Thief» de RADIOHEAD. Cet album a été encensé par la critique, alors ça fait pas très underground, mais tant pis: j’adore cet album! C’est l’alliance parfaite de la puissance et de la finesse, les voix sont majestueuses, la construction des morceaux est extraordinaire. J’admire. Sinon, depuis un an j’écoute en boucle les deux albums de ANJA GARBAREK, qui a le don d’écrire des chansons parfaites. Voilà pour l’essentiel, je suis assez mono maniaque pour ce qui est de l’écoute. A côté de cela, j’écoute tout ce qui me tombe sous la main, cold, pop ou autres. J’écoute souvent les albums des NOUVELLES LECTURES COSMOPOLITES, puisque j’ai la chance d’avoir la discographie complète, ce qui n’est pas évident pour le néophyte!


La réalisation de l'album "European landscapes" a été l'occasion d'un projet de pochette audacieux, pouvez-vous nous en parler? Comment vous situez-vous par rapport au design des pochettes?

Pierre-Yves: C’est le travail du label Cynfeirdd. Il a la réputation de soigner son packaging, mais là cela a été remarquable, au delà de toutes nos espérances. Chaque CD inclut un carton par chanson, avec pour chacune: son texte, ses crédits, et surtout une photographie de paysage européen. L’Archiviste a fait appel à ses multiples contacts en Europe pour obtenir un large éventail de photographies. Nous avons eu l’embarras du choix pour faire coller une photo à l’univers de chaque chanson! Le résultat est merveilleux. Cela permet à chacun de personnaliser son CD, en mettant en première position la photographie qu’il préfère. Nous sommes gâtés pour ce qui concerne nos pochettes, puisque c’est l’Agent MS qui s’occupe de la pochette de A SPARROW-GRASS HUNT, et son talent est remarquable – c’est elle qui fait les pochettes des disques de NLC.


Votre musique à une dimension poétique et cinématographique forte, il y a-t-il des projets dans ce sens ou estimez-vous que la musique se suffit à elle-même?

Pierre-Yves: La musique se suffit à elle même quand on laisse toutes ses émotions passer à travers elle. Si ces émotions trouvent leur source dans des lectures et des films, la musique qui en résulte a forcément une touche poétique ou cinématographique. Nous travaillons beaucoup nos textes, cela nous prend presque autant de temps que la musique. On se rapproche donc d’une approche poétique par la force des choses. Mais je n’ai pas la prétention de faire de la poésie, car la poésie se passe de musique, et je ne crois pas que sortis de leur écrin musical, mes mots garderaient leur résonance. Pour ce qui est du cinéma, j’aime surtout les auteurs intimistes, les films d’atmosphère ou troublants. Mon film fétiche a longtemps été «Alice dans les Villes» de Wim Wenders. On reste donc dans l’intime. Un ami m’a récemment demandé de lui écrire une musique de film. La démarche est très différente de l’écriture des chansons de HIDE&SEEK: je compose justement une musique qui ne se suffit pas à elle même, pour qu’elle reste un support de l’image, sans prendre la première place.


Quels sont les projets à venir pour le groupe?

Pierre-Yves: Pour l’heure, nous travaillons essentiellement aux deux collaborations dont nous t’avons parlé, avec NLC et THY VIOLENT VANITIES. A part ça, des chansons et ébauches mélodiques naissent ça et là, des idées de textes nous viennent quant on s’y attend le moins… Sans nul doute les bases d’un futur album de HIDE&SEEK! Mais on ne se fixe pas de délais, personne ne nous met la pression, alors on verra bien. Quand nous aurons suffisamment de chansons prêtes et formant un ensemble cohérent, nous donnerons une suite à European Landscapes.

Stanislas

lundi 1 mars 2004



Discographie

Clouds are beautiful (2011)
European landscapes (2003)
Luxembourg (1999)
Les mondes intérieurs (1996)
Orphée (1994)